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Robespierre,chapitre,26

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Historiographie

Jacques Necker, portrait de Joseph-Siffrein Duplessis (Château de Versailles).
Dans son histoire de la Révolution, Jacques Necker évoqua lui aussi Robespierre, qu'il avait connu au début de sa carrière politique et dont il n'envisageait pas sans amertume le degré d'élévation auquel il était parvenu, supérieur à celui de l'ancien ministre de Louis XVI. Le premier, il fit de Robespierre « l'inventeur de l'exécrable et fameuse journée du 2 septembre ». Dans le même temps, il condamnait les inventions des thermidoriens et des émigrés, qui avaient échoué à percer le mystère de Robespierre. Autre ministre de Louis XVI, Antoine François Bertrand de Molleville s'attacha également à « l'énigme Robespierre » dans son Histoire de la Révolution de France, parue entre l'an IX et l'an XI. Jugeant son rôle « aussi étonnant qu'exécrable », il ne trouva d'autre explication, pour justifier sa brusque élévation, que sa haine à l'égard d'un Ancien Régime qui ne laissait « aucune chance favorable à [son] ambition » et sa lâcheté, qui l'incitait à commettre « les assassinats sans nombre dont il se rendit coupable »(304.)
En 1815 parurent trois ouvrages rédigés sous l'Empire mais saisis par la police : l’Histoire de la Révolution de l'abbé Papon, l’Essai historique et critique de la Révolution de Pierre Paganel et les Considérations de Germaine de Staël. Au contraire de leurs prédécesseurs, ces auteurs jugeaient que Robespierre marquerait durablement l'histoire, sa figure émergeant seule de cette période. Insistant également sur ses tendances égalitaires, l'abbé Papon jugeait qu'il se distinguait par « l'austérité et le désintéressement » dont il faisait montre(305.)


Dans ses écrits consacrés à la Révolution (Mes réflexions en 1816, le Cours de philosophie positive en 1830-1842, le Système de politique positive en 1851-1854) Auguste Comte décrivit Robespierre comme un personnage au « caractère essentiellement négatif », auquel il reprochait d'avoir promu un « déisme légal », inspiré de Jean-Jacques Rousseau et associé au régime concordataire de Napoléon Ier, et l'opposa au mouvement encyclopédique de Denis Diderot et à Danton. Dans le même temps, il témoigna de son admiration pour la conception du gouvernement révolutionnaire instauré par la Convention. Après sa mort, le positiviste Pierre Laffitte reprit fidèlement cette analyse dans les conférences qu'il donna à la Bibliothèque populaire de Montrouge, résumées dans La Révolution française de Jean François Eugène Robinet, ainsi que dans le cadre des célébrations du centenaire de la Révolution(306.)
La première tentative de réhabilitation de Robespierre fut l'œuvre de Guillaume Lallement, auteur anonyme, entre 1818 et 1821, d'une compilation de l'ensemble des discours et rapports des assemblées parlementaires de la Révolution éditée par Alexis Eymery ; le tome XIV, consacré à l'an II, donnait une large place à Robespierre, dont il faisait le portrait en préalable aux événements du 9-Thermidor. Puis, en 1828, Paul-Mathieu Laurent, dit Laurent de l'Ardèche, publia sous le pseudonyme de « Uranelt de Leuze » une Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de Montgaillard (parue l'année précédente), ardent panégyrique de Robespierre(3(07.)


Albert Laponneraye, estampe, Paris, BnF, 1835.
À la veille de la révolution de 1830 parurent de faux Mémoires de Robespierre, généralement attribués à Auguste Barbier et Charles Reybaud, mais peut-être commencés par Joseph François Laignelot, qui avait été un intime de Charlotte de Robespierre. Cet écrit témoignait de l'opinion de la génération de 1830 sur Robespierre. Selon l'auteur, l'opinion selon laquelle Robespierre avait pu être un agent de l'étranger était tout à fait discréditée ; son incorruptibilité ne faisait aucun doute ; enfin, son intention, dans les derniers mois de sa vie, était de mettre fin à la Terreur et de purger la Convention de ses membres les plus criminels(308.)
Cette entreprise de réhabilitation connut une avancée décisive avec Albert Laponneraye, qui entreprit en 1832 la publication des discours de Robespierre en fascicules, avant d'éditer les Mémoires de Charlotte Robespierre sur ses deux frères en 1835 puis les Œuvres de Maximilien Robespierre en quatre volumes en 1840, qu'il contribua largement à diffuser(309.)

Philippe Buchez, lithographie de Charles Bour.
La génération de 1848 bénéficia, quant à elle, de la publication de l’Histoire parlementaire (1834-1838) de Philippe Buchez et de Pierre-Célestin Roux-Lavergne, et de l'achèvement de la réimpression de l’ancien Moniteur (1840-1845) par Léonard Gallois, qui vinrent contrebalancer les mémoires et témoignages, subjectifs, des contemporains. Cet apport documentaire favorisa un renouvellement historiographique, avec l’Histoire des Girondins (1847) d'Alphonse de Lamartine(310,) l’Histoire de la Révolution française (1847-1853) de Jules Michelet et celle de Louis Blanc (1847-1855), qui firent toutes de Robespierre « le centre de leurs investigations », même si seul Louis blanc lui était plus nettement d'emblée favorable(311.) Sous le Second Empire, Ernest Hamel publia une Histoire de Robespierre (1865-1868) considérée comme hagiographique, mais très bien documentée(312.)

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