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Guerre 14-18,chapitre 10

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Guerre du droit, guerre de propagande

Mobilisation des soldats de Lübeck.

Les mobilisés parisiens devant la gare de l'Est le 2 août 1914.

Volontaires britanniques en août 1914.
Articles détaillés : Union sacrée (mouvement) et Burgfrieden.
Lorsque la mobilisation est décrétée en France le 1er août 1914, la France est en pleine moisson et ne pense pas à la guerre(55.) Jean-Baptiste Duroselle qualifie l'hypothèse d'une guerre de revanche comme absurde(56.) Les mobilisés ne songent guère à reprendre l'Alsace-Lorraine, mais ils sont résolus à défendre le pays contre l'envahisseur qui a déclenché la guerre. Le patriotisme des combattants est un patriotisme défensif(57). En témoigne le faible nombre de déserteurs, 1,5 % des mobilisés(58). De plus, beaucoup pensent que la guerre sera courte. Les moments d’enthousiasme existent, notamment à l’occasion du rassemblement des mobilisés dans les gares, mais demeurent une exception. Le sentiment qui domine est la détermination à défendre la patrie et la République, contre un ennemi perçu comme redoutable.


En Allemagne et au Royaume-Uni se manifeste aussi un patriotisme sans faille(59,) exprimé en Allemagne par la certitude de vaincre et la conviction d'une supériorité non seulement militaire, mais aussi industrielle, culturelle, voire raciale. Par contre, en Russie, une opposition à la guerre se développe dans les milieux libéraux et révolutionnaires. Les socialistes russes sont divisés entre le ralliement et le défaitisme. Le président français Raymond Poincaré appelle à l’Union Sacrée(60.) La Chambre et le Sénat français votent les crédits de guerre à l’unanimité, tandis que l'état de siège, déclaré par Poincaré deux jours avant réception de la déclaration de guerre allemande, soit le 2 août 1914, est entériné dans des conditions contraires aux lois prévoyant celui-ci(61,)(62). Il en va de même au Reichstag où les députés sociaux-démocrates votent aussi par 78 contre 14 les crédits de guerre(63 )malgré leurs engagements contre la course aux armements. Au même moment, l’Union Sacrée se forme en Russie : la Douma vote des crédits de guerre.
Comme les armées commencent à s’affronter, les gouvernements belligérants se lancent dans une lutte médiatique à coups de publications de documents soigneusement sélectionnés, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre blanc de l'Allemagne en contient ainsi 36. Le Livre jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ces ouvrages de propagande visent à convaincre les opinions publiques du bien-fondé de leurs droits. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe(64.) Le Livre jaune est qualifié par les propagandistes allemands de vaste « collection de falsifications »(65) : la France est accusée d'avoir donné son appui inconditionnel à la Russie. L'Allemagne tente de montrer qu'elle a été contrainte à la mobilisation générale par celle de la Russie, qui elle-même rejette la responsabilité sur l’Autriche-Hongrie. Les documents alliés sur les circonstances de la déclaration de guerre, ainsi que les crimes de guerre commis par l'armée allemande, constitueront la base sur laquelle les Alliés s’appuieront en 1919 pour formuler l’article 231 du traité de Versailles affirmant l’exclusive responsabilité de l’Allemagne et de ses alliés.


La lutte médiatique se poursuit dans les tranchées où les poilus s'informent grâce notamment aux nombreux journaux censurés ou contrôlés par la propagande de guerre(f )qui rappellent cette guerre du droit. La France et l’Allemagne vont jusqu’à utiliser la neutralité de la langue internationale espéranto pour publier des textes de propagande dans les revues respectives Pour la France par l’espéranto (France) et Internacia Bulteno et La Vero pri la milito (« bulletin international », « la vérité sur la guerre », Allemagne)(68.) Les poilus parviennent cependant à éviter le bourrage de crâne, d'abord en étant au plus près des réalités de la guerre – ce qui les rend très sceptiques face aux mensonges de la propagande – parfois en se faisant envoyer, le plus souvent par l'intermédiaire de leur famille, des livres très divers : de la littérature de l'arrière comme Gaspard de René Benjamin ; de la littérature de tranchée comme Le Feu d'Henri Barbusse ou les récits de guerre de Maurice Genevoix ; des romans antimilitaristes comme Les Sous-offs de Lucien Descaves ; des livres qui permettent de comprendre ce qui se déroulait sur le front, tels Guerre et Paix de Tolstoï ou les Pensées de Pascal. La littérature patriotique reste prédominante chez les soldats allemands, avec Les Souffrances du jeune Werther de Goethe ou Considérations d'un apolitique de Thomas Mann(69.) La littérature de guerre est suffisamment importante pour que naisse en 1919 une Association des écrivains combattants visant à défendre les intérêts des écrivains survivants et la mémoire de ceux tombés au champ d'honneur.

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