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Guerre 14-18,chapitre 32

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Historiographie

Le nationalisme exacerbé qui régnait dans une partie plus ou moins grande des pays européens a joué un rôle certain : beaucoup de nationalistes poussèrent au renforcement des armées tout en redoutant la guerre. Les « opinions publiques » étaient en grande majorité attentistes et considéraient souvent que la guerre était impensable entre pays civilisés au XXe siècle. Les volontés pacifistes ou bellicistes s'exprimaient surtout au niveau des élites, si bien qu'il est erroné de croire que la guerre a été déclenchée par les sentiments populaires, l'Union sacrée ne se manifestant qu'après le début du conflit(247.) En Angleterre, un siècle après la chute de Napoléon, personne n'imaginait que l'on irait à nouveau combattre sur le continent(248.) En France, les sentiments revanchards à propos de l’Alsace-Lorraine s'étaient fortement atténués depuis 1870, et n'auraient en aucun cas pu provoquer une guerre — d'autant que les Français venaient d'élire un Parlement et un gouvernement pacifistes. De l’autre côté du Rhin, envisageant de devoir se battre sur deux fronts, le plan Schlieffen préconise que l’Allemagne frappe la première, ce qui la contraint à l’extrême vigilance envers la mobilisation des armées. De plus, contrairement à la situation de 1908 ou de 1911, le temps de négociation lié à la mobilisation ne peut jouer. Le plan allemand suppose en effet l'évacuation des troupes arrivées au nœud ferroviaire d'Aix-la-Chapelle vers la Belgique sous peine d'engorgement, ce qui veut dire que la mobilisation allemande, c'est la guerre. Aucun des mécanismes de paix n'a pu fonctionner. Aucun arbitrage n'était envisageable en Europe, dans la mesure où les alliances rendaient toutes les nations parties prenantes. Les familles royales avaient des liens moins structurés depuis le décès de Victoria. L'influence du pape était limitée par la rupture avec la France laïque depuis 1905. Le capitalisme en phase de protectionnisme se recentrait sur les économies coloniales. Enfin, les internationales ouvrières furent déstabilisées par l'assassinat de Jaurès et par les volontés d'unités nationales.


Une partie des pays européens étaient prêts à la guerre, par leur organisation et par l'état de leur opinion publique. On peut penser qu’une étincelle suffisait à mettre le feu à l’Europe. C’est la thèse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l’acceptation massive par les sociétés européennes du conflit, voire leur résolution à combattre. C’est ce que l’on appelle le consentement patriotique(249.)
En Allemagne, le consensus de longue date selon lequel ce pays était exempt de toute responsabilité dans le déclenchement de la guerre a été battu en brèche par les travaux d’un historien, Fritz Fischer, publiés à partir de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale. Cette thèse iconoclaste, à l’origine d’une vaste polémique en Allemagne, veut que la visée impériale (l’hégémonie européenne), associée à une stratégie incluant le conflit armé, aurait favorisé la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie, à la satisfaction des élites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes. C’est là le point de départ de la Kriegsschuldfrage, question de la culpabilité de guerre, qui empoisonne longtemps l’atmosphère(250.)
La thèse classique concernant la question de la responsabilité est celle du « Mécanisme » de l’historien français Jean-Baptiste Duroselle : par crainte qu’advienne une situation internationale défavorable à leurs intérêts nationaux, les États européens ont pris des décisions « pour le cas où », « plutôt que ». Duroselle résume, à partir de cette thèse, la situation en cinq points(251 ):


1. L’Allemagne entre en guerre pour ne pas risquer de perdre son allié austro-hongrois ;
2. La France tient à maintenir la solidité de son alliance avec la Russie, sachant qu'une guerre serait certaine si l'Allemagne parvenait à dissocier ces deux alliés ;
3. La Russie déclare la guerre afin d’éviter que de nouvelles populations slaves passent sous contrôle de l’Empire austro-hongrois ;
4. L’Angleterre, fidèle en cela à la politique qu’elle mène depuis 1793 et fidèle au traité de neutralité de la Belgique dont elle est garante, préfère déclarer la guerre plutôt que de voir une grande puissance s’installer à Anvers ;
5. L’Autriche-Hongrie préfère en finir avec la Serbie plutôt que d’être dissoute par les mouvements nationaux.
Cette analyse du « Mécanisme » a été reprise par l'historien britannique Christopher Clark en 2013(252.)
L'historiographie moderne considère que « les accusations réciproques et les explications données, même si elles n’étaient pas dénuées d’une part de vérité, ne permettaient pas de répondre vraiment à la question du pourquoi » et estime que les autorités politiques des principaux belligérants, prises dans le piège de l’honneur national qui les empêchait de se retirer du jeu, furent dépassées par les événements qui conduisirent à une guerre sans raison(253.)

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