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Robespierre,chapitre,18

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Le 3 juin 1793 au club des Jacobins, les députés Bourdon de l'Oise, Chabot, Robespierre, Jeanbon Saint-André, Legendre, Maure et d'autres sociétaires reçoivent avec enthousiasme une délégation de Noirs, notamment la vieille femme Jeanne Odo de 114 ans. Ils applaudissent quand Chabot jure solidarité avec les hommes de couleur(225.) Le lendemain 4, à la Convention, une source découverte récemment (une affiche du mulâtre martiniquais Julien Labuissonnière) indique que Robespierre, Jeanbon Saint André « et le reste de ces justes » ont, aux côtés de l'abbé Grégoire, « tonné du sommet de la Montagne » pour faire passer par pétition l'abolition de l'esclavage réclamée par Anaxagoras Chaumette et le créole antiesclavagiste Claude Milscent(226,)(227).
En ce qui concerne les positions de Robespierre sur la question coloniale en l'an II, que Georges Hardy affirmait inexistantes dans les papiers de la commission Courtois(228,) on y a récemment découvert des éléments qui plaident en faveur de son abolitionnisme. On avait pourtant jusque là l'impression, soulignée par des thermidoriens de gauche, qu'il était devenu hostile à l'abolition de l'esclavage en raison d'une phrase, d'inspiration colonialiste, prononcée contre les Girondins le 27 brumaire an II (17 novembre 1793) :
« C'est ainsi que la même faction qui en France voulait réduire tous les pauvres à la condition d'Hilotes et soumettre le peuple à l'aristocratie des riches, voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies(229,)(230,)(231.) »


en déduisait, sans en donner d'explication, « que la position de Robespierre sur la libération des Noirs depuis sa polémique avec Barnave semble avoir évolué »(232.) Cette fois-ci, il Jean Poperensemblait s'inspirer du rapport Amar, montagnard assez proche des colons, présenté à la Convention, le 3 octobre 1793 qui accusait Brissot d'avoir voulu, dans le passé, livrer les colonies, « sous le masque de la philanthropie », aux Anglais. Par ailleurs, il n'existe aucune trace publique de ses positions sur le décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794) proclamant l'abolition de l'esclavage des Noirs dans toutes les colonies et qui aurait dû logiquement l'enthousiasmer. En privé, il existe une allusion négative à ce décret dans les notes de Robespierre contre les Dantonistes : il y reproche à Danton et Delacroix d'avoir « fait passer un décret dont le résultat le plus vraisemblable sera la perte des colonies »(233). Mais le recoupement des papiers saisis par la commission Courtois avec les polémiques thermidoriennes laisse à penser que la première phrase, par ses motifs, au contraire, n'altère en rien les opinions coloniales égalitaires qu'il avait exprimées en mai-septembre 1791, mai 1792 et avril 1793. En octobre 1793 Amar attaquait toute la politique coloniale égalitaire de Brissot tant celle en faveur des esclaves que celle beaucoup plus énergique des hommes de couleur libres. Amar n'avait de ce fait pas la caution de Robespierre contrairement à ce qu'affirma Brissot(234.) Car en novembre 1793, Robespierre qui attaquait l'antiesclavagisme des girondins, était influencé par Janvier Littée, un député de la Martinique mulâtre (donc bénéficiaire de la loi égalitaire du 4 avril 1792, que Robespierre avait louée, on s'en souvient) et esclavagiste.


Or, au contraire, les papiers de la Commission Courtois montrent qu'en messidor an II (juillet 1794), quelques semaines avant sa mort, Robespierre, par l'intermédiaire de son bureau de police et de l'agent Claude Guérin, surveillait ce député et ses accointances avec deux intrigants de Saint-Domingue, Page et Brulley, en prison depuis le 17 ventôse an II (7 mars 1794)(235). Les mêmes papiers signalent que dans sa correspondance avec Robespierre, son agent Jullien de Paris, alors en mission avec Prieur de la Marne, lui avait, en janvier 1794, annoncé l'arrivée prochaine à Paris de trois députés de Saint-Domingue – un blanc, Louis-Pierre Dufay, un mulâtre, Jean-Baptiste Mills, et un noir, Jean-Baptiste Belley, élus dans la colonie après l'abolition de l'esclavage par Sonthonax en août 1793(236). Deux d'entre eux (Dufay et Mills) furent alors arrêtés le 10 pluviôse an II-29 janvier 1794 sur dénonciation des commissaires esclavagistes, Page et Brulley, auprès du Comité de sûreté générale (notamment Amar qui recevait souvent depuis septembre 1793 les deux intrigants). Mais ils furent quatre jours plus tard libérés par le Comité de public après intervention de Belley et intégrés à la Convention, à la Montagne et au club des Jacobins. Après leur entretien avec Belley, les membres du Comité de public présents à Paris (à l'exception de Robert Lindet qui comme Amar au Comité de sûreté générale sympathisait avec Page et de Brulley) qualifièrent les Blancs de Saint-Domingue de « princes colons » et assimilèrent les Noirs de Saint-Domingue aux sans-culottes des colonies(237,)(238,)(235,)(239.) La Feuille du Salut public, journal officieux du Comité de Salut Public, se montrait parmi les périodiques les plus enthousiastes dans la défense du décret. Dans son numéro du 25 pluviôse an II-13 février 1794 il présenta l'extrait du livre d'anticipation, L'an 2440, écrit par Louis-Sébastien Mercier en 1770 qui imaginait la victoire d'esclaves noirs insurgés dans une colonie, comme une prédiction. Or Louis-Sébastien Mercier était l'un des soixante-treize détenus girondins que Robespierre avait, en octobre 1793, sauvé d'une comparution devant le Tribunal Révolutionnaire.

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