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Napoléon III,chapitre,32

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Dans les années 1890, des personnalités commencent à produire des ouvrages dépassionnés des enjeux politiques, à une époque où le mouvement bonapartiste est en voie d'extinction. Ainsi, Pierre de La Gorce écrit une Histoire du Second Empire en sept volumes(411) dont la première version, rédigée sur fond du scandale de Panama, reste néanmoins hostile au souverain. Cependant, avec cet auteur, « on sort du journalisme pour entrer dans l'histoire générale »(405 )tandis qu'Émile Ollivier publie ses mémoires consacrés à L'Empire libéral(412.)
Si la politique intérieure et la diplomatie ne font l'objet d'aucun consensus, son œuvre économique et sociale est déjà analysée de façon plus nuancée, notamment par Albert Thomas à qui Jean Jaurès avait confié la rédaction du volume X de Histoire socialiste(410.) Néanmoins, « l'instrumentalisation de l'ancien souverain persistait malgré l'affirmation d'une histoire positiviste et scientifique »(410.)
Visant notamment Charles Seignobos(413,) Pierre Milza considère que « l'historiographie républicaine — en position dominante dans l'université française — conserve au moins jusqu'en 1914 une position critique […]. Le Second Empire reste fondamentalement lié au 2 décembre et à la capitulation de Sedan. [Les manuels scolaires] sont les véhicules d'une histoire officielle destinée à former des citoyens et des patriotes attachés aux valeurs républicaines »(414). C'est également l'avis de l'historien Louis Girard qui note dans la tonalité critique de l'œuvre de Seignobos « l'écho des passions républicaines »(415.) Néanmoins, ces mêmes ouvrages scolaires et universitaires commencent eux aussi à aborder son œuvre économique et sociale, s'écartant définitivement du « déchaînement de haine et de mauvaise foi » des premières années ayant suivi la chute de l'Empire, et commencent à présenter des portraits plus nuancés de la personnalité de l'Empereur(414,)(416).


À partir des années 1920, alors que la France a repris possession des territoires perdus en 1870, Napoléon III fait l'objet de biographies plus favorables voire romancées alors que l'historiographie officielle porte la marque d'une révision des jugements portés sur l'Empereur et son régime. À l'étranger, il est également objet de nombreuses biographies, surtout en Angleterre, mais dans les années 1930, il est selon Éric Anceau l'objet de « parallèle hasardeux » sur fonds de montée du fascisme(417.)
Après la Seconde Guerre mondiale, le Second Empire est enfin étudié vraiment scientifiquement par de nombreux universitaires historiens ou économistes (Charles-Hippolyte Pouthas, Jean Bouvier, Alain Plessis, René Rémond, Maurice Agulhon, Jeanne Gaillard, etc.) tandis que Napoléon III fait l'objet de premières études approfondies par les historiens Adrien Dansette(418,)(419 )et Louis Girard(420 )et par l'historien britannique William Smith(421). Maurice Agulhon note que « l’histoire économique et culturelle » du Second Empire se caractérise par « une période prospère et brillante »(422.) Sur le régime politique qui s'installe en décembre 1851, le même historien parle de « dictature bonapartiste »(423,) au moins pour la première année qui suit le coup d'État jusqu'à l'avènement de l'Empire(424). Pierre Milza parle de « dictature napoléonienne »(425 )mais si pour lui le « caractère dictatorial et policier du régime » ne saurait être contesté(426,) il en est différemment pour Éric Anceau selon lequel le bonapartisme du troisième Napoléon se caractérise notamment par « l'absence de tout État policier, ne serait-ce que par le défaut des moyens et par la subversion précoce du régime par les notables »(427). Toutefois, Pierre Milza souligne que « rares sont les dictatures européennes dont l’évolution s’est opérée comme celle-ci dans le sens de la libéralisation »(426) alors que « la république bourgeoise et réactionnaire, à laquelle le coup d'État a mis fin, n'avait plus grand-chose à voir avec les espoirs de démocratie et de justice de février 1848 »(428.) Pour Milza, « le césarisme couronné qui [fait suite à la république consulaire de 1852] ne saurait être assimilé ni aux monarchies absolues relevant de l'ordre divin, ni aux régimes d'état de siège visant à maintenir par la seule force des baïonnettes le pouvoir d'une quelconque oligarchie »(429.) Pour Louis Girard, Napoléon III, qui « n'a jamais envisagé la démocratie autrement que s'incarnant dans un chef »(430), est aussi fort différent des dictateurs du XXe siècle non seulement parce qu'il se réfère aux principes de 1789 (a contrario de tous les dictateurs) mais aussi, entre autres, que la notion de rassemblement national qu'il souhaite réaliser derrière lui est fort différent de la notion de parti unique (il n'existe pas de parti bonapartiste sous l'Empire)(430 )et qu'il voulait, à terme, pouvoir doter son pays d'institutions analogues à celles de la Grande-Bretagne, attendant pour cela une évolution des mœurs politiques(431).

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