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GUILLOTINE,chapitre,9

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Hors-ligne

Essais sur des cadavres humains

L'hôpital-prison de Bicêtre, à l'époque de la Révolution
Le mardi, 17 avril 1792, se sont retrouvés à Bicêtre dans la cour de la prison, le docteur Louis et ses collègues, à savoir Guillotin et Cullerier médecin-chef de l’hôpital de Bicêtre qui avait réservé des cadavres frais pour l’événement(note 7,) le mécanicien Schmidt, le charpentier Guidon, l’exécuteur Charles-Henri Sanson, ses deux frères et un de ses fils, probablement Henri, l’aîné, en âge d’exercer comme aide. Il y a aussi des personnalités de l’Assemblée nationale et du conseil des Hospices, ainsi que les médecins renommés, l’aliéniste Pinel et Cabanis. Guillotin fut satisfait et Louis se félicita du succès et fit un rapport en date du 19 avril 1792 à Roederer : « Les expériences de la machine du sieur Schmidt ont été faites mardi à Bicêtre sur trois cadavres qu’elle a décapités si nettement qu’on a été étonné de la force et de la célérité de son action. Les fonctions de l’exécuteur se borneront à pousser la bascule qui permet la chute du mouton portant le tranchoir, après que les valets auront lié le criminel et l’auront mis en situation »(45,)(note 8.) On constate donc que la guillotine est munie maintenant d’une bascule qui immobilise et amène rapidement le corps du patient à l’horizontale et facilite le positionnement de sa tête sur le billot.
D’un autre côté, la version des fameux « Mémoires des Sanson» continue logiquement la réunion des Tuileries : l’expérience aurait été faite avec deux couperets, l’un oblique qui décapita proprement les deux premiers cadavres et l’autre en croissant qui manqua le dernier(46.) Sylvain Larue rapporte une version un peu différente: les cadavres sont ceux de deux prisonniers et d’une prostituée. Le premier corps est coupé avec la lame arrondie. Le coup réussit puis échoue sur le deuxième. La lame oblique parfait la coupe ratée et tranche net le dernier corps, celui de la fille publique(47.)
On a parfois écrit que sur ce même lieu de Bicêtre fut plus tard mise en chantier, une guillotine à neuf tranchants imaginée par un certain Guillot, mécanicien parisien, véritable émule de Schmidt, mais dont la réalisation fut laborieuse et les essais décevants. Cet inventeur fut peu après arrêté pour fabrication de faux-assignats et guillotiné avec la machine officielle(48. )


Première exécution pénale
Elle est enfin prévue pour le 25 avril 1792 en place de Grève. Jamais une machine aussi peu réjouissante n’aura été autant désirée. Entre autres tribunaux qui accumulaient les prisonniers, le deuxième tribunal criminel de Paris avait condamné à mort, trois mois auparavant, le 24 janvier précédent, l’agresseur d’une personne en pleine rue pour lui voler des assignats, nommé Nicolas Jacques Pelletier. Moreau, un juge de ce tribunal, écrit à Roederer :« […] Son crime a été public, la réparation devrait être prompte, et une pareille lenteur, surtout au milieu de cette ville immense, en même temps qu’elle ôte à la loi l’énergie qu’elle doit avoir, compromet la sûreté du citoyen […] »(49.) Roederer s’adresse la veille à La Fayette, commandant-général de la garde nationale pour s’assurer ce jour-là de la main-forte car il pressent que ce nouveau mode d’exécution attirera la foule, et il lui demande en conséquence de laisser sur place les gendarmes plus longtemps après l’exécution, jusqu’à l’enlèvement de la guillotine et de l’échafaud.
Pelletier fut donc le premier homme à être « monté sur mademoiselle ». On nommait ainsi une guillotine qui n’avait pas encore servi. La Chronique de Paris du 26 avril (no 118) signale l’événement :« Hier, à trois heures de l’après-midi, on a mis en usage, pour la première fois, la machine destinée à couper la tête des criminels […] La nouveauté du spectacle avait considérablement grossi la foule de ceux qu’une pitié barbare conduit à ces tristes spectacles »(50). Si les journaux s’indignent quelque peu, Prudhomme loue l’instrument « qui concilie le mieux ce qu’on doit à l’humanité et ce qu’exige la loi » et il ajoute « du moins tant que la peine capitale ne sera pas abolie »(51.) La foule, restée calme, fut étonnée de la rapidité de l’outil et de son efficacité, mais la majorité des curieux furent déçus de la brièveté du spectacle. Ce que l’on peut résumer par un mot encore prêté à Guillotin : « La tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus »(52. )


La guillotine, outil insurrectionnel
La fréquence de fonctionnement de la « Veuve », qui avait hérité, selon Ducpétiaux(53,) du surnom de la potence, et qui fut inaugurée en des temps mouvementés, s’imposa rapidement comme le symbole du changement de régime, car l’efficace mécanique se révélera un moyen trop bien rodé à servir un programme d’élimination massive. « On y trouvait une promptitude dont manquaient les anciens supplices »(54.) Ce dispositif devint, au terme de procès souvent expéditifs, un incomparable moyen de mort, si bien que Chateaubriand parlera de « crime légal ». « Cet instrument fait tout, c’est lui qui gouverne », disait Barère qui aurait voulu qu’on construisît des guillotines « à sept fenêtres »(55.) Ce fut tout simplement son âge d’or et elle symbolisa à un si haut degré la dureté de la révolution que les Toulonnais la brûlèrent en place publique pour la punir d’avoir décapité le roi(56.) En avril 1871, elle sera brûlée, pour une tout autre raison, par les Communards, aux cris de « À bas la peine de mort ! »(57.)


Premier tribunal révolutionnaire

Une séance du tribunal révolutionnaire
On parle généralement de la Journée du 10 août 1792 qui est une conséquence de la peur inspirée par l’ennemi extérieur (le Manifeste de Brunswick) mais rarement de la « Conspiration du 10 août » que les révolutionnaires dénoncèrent dans le même temps et qui amena des exécutions publiques pour l’exemple. De même, on mentionne rarement les procès et l'usage intensif de la guillotine qui s’ensuivirent. Un tribunal exceptionnel fut spécialement créé le 17 mai 1792. Les Archives révolutionnaires et des chroniqueurs nous en ont conservé les péripéties. De cette période datent les premières exécutions politiques, sans même qu’il y ait eu une rivalité déclarée. La presse « […] attise le soupçon d’une lenteur criminelle des juges. Elle diffuse les images d’une capitale désertée par les volontaires, où les comploteurs des prisons se répandront par les rues, égorgeront les patriotes […] Ainsi, écrit Fréron, dans l’Orateur du peuple : « Quand la loi est sourde et muette, les citoyens doivent agir avec transport »(58.)

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