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GUILLOTINE,chapitre,8

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Hors-ligne

Extraits du rapport de l’architecte
« Les coulisses, les languettes et les tourillons sont en bois ; les premières devraient être en cuivre, les secondes en fer ; les crochets auxquels sont attachées les cordes qui suspendent le mouton, ne sont retenus que par des clous à tête ronde, ils devraient l’être avec de fortes vis à écrous. Il manque un marchepied à la bascule, les brides sont placées trop bas, ne sont pas assez solides et sont trop ouvertes. Il faudrait avoir en réserve au moins deux moutons garnis de leur couteau, pour remplacer à l’instant celui auquel il pourrait arriver quelque accident. En un mot, si l’on payait à l’auteur une somme de cinq cents livres par machine, pour faire tous ces changements et les fournitures désirées, on ne doit pas douter qu’il s’en chargeât. »
À lire le devis du charpentier, de même que les boulons à tête et écrous, les coulisses en cuivre faisaient déjà partie de sa fabrication(34.) Ces recommandations n’avaient pas d’abord été suivies par un souci d’économie, mais elles furent rendues impératives le 27 juillet où, le bois des rainures ayant gonflé - une guillotine en fonctionnement était, en effet, une machine abondamment graissée et gluante de sang - le cou d’un patient ne fut pas entièrement tranché(35.) Ces incidents ont été surtout reconnus en dehors de Paris, à cause de l'expérience nouvelle des exécuteurs de province. Ainsi, le plus célèbre fut celui de Chalier, qui, ayant dû mettre à son tour la tête au vasistas, eut à recevoir trois fois le couperet qui s’était d’abord arrêté deux fois sur ses cervicales.
Dans une lettre à Roederer du 28 juillet 1792, Schmidt avait vivement réagi aux imperfections qu’on imputait à sa machine et en faisait porter la seule responsabilité aux mauvaises manipulations des utilisateurs. On ne sait si le mécanicien était de bonne ou de mauvaise foi, et si un sursaut de fierté et d’amour-propre ne lui avait pas fait réfuter point par point, avec de bonnes ou de mauvaises raisons, chaque défaut qui avait été révélé de sa machine « à laquelle, écrivait-il, il ne manquait rien »(36.) Quoi qu’il en soit, il ne convainquit personne et on ne tint pas compte de ses objections.


Paternité de l'invention
Roederer, dans un courrier de mi-juillet 1792 au ministre Le Roulx, le renseigne sur la nature du marché conclu avec Schmidt : « M. Schmidt, qui n’avait pas songé à obtenir de brevet d’invention pour une machine dont il n’est effectivement pas l’inventeur, et à laquelle il a seulement fait quelques changements sur la description de M. Louis ; qui avait exécuté celles de Paris, de Versailles et de plusieurs autres départements, et avait fait un traité avec M. Clavière [le précédent ministre], sans concevoir le projet d’obtenir un privilège exclusif indépendant de ce marché, a cru pouvoir en éviter la résiliation en se munissant d’un brevet ». Schmidt, voyant le reste du marché près d’être emporté par des concurrents, tenta de breveter mais il ne put pas aboutir dans cette démarche, d’autant moins que la situation politique était en passe de se compliquer après le 10 août. Comme il refusait le nouveau prix de 500 livres par machine, ses productions antérieures lui furent soldées, en récompense de sa primauté, au prix initial de 812 livres. C’est Clairin, le menuisier de la Cour du Commerce Saint-André, qui produira le premier la machine au nouveau prix(37.)
Antoine Louis, dans son rapport sur les essais, désigne Schmidt comme l’« ingénieur inventeur »(38.) Desgenettes rapporte dans ses mémoires(39) une conversation avec Louis où le chirurgien minimise son rôle dans l'invention de la guillotine : « La part que j'ai prise à cette affaire, que je considère comme un acte d'humanité, s'est bornée à corriger la forme du couperet et à le rendre oblique, pour qu'il pût couper net et atteindre le but. Mes ennemis ont alors essayé, et par voie de la presse la plus licencieuse, de faire donner à la fatale machine le nom de petite Louison, qu'ils ne sont pas cependant parvenus à substituer à celui de guillotine. J'ai eu la faiblesse de me chagriner outre mesure de cette atrocité, car c'en est une, quoiqu'on ait voulu la faire passer pour une plaisanterie de bon goût ».
Pour Sylvain Larue, Antoine Louis est le « réel inventeur »(40) et, de son côté, Yves Pouliquen dit du docteur Louis que la guillotine « sera née de ses mains »(41) car il en a suivi avec attention toutes les péripéties et en a suggéré ou approuvé toutes les modifications.
Le 5 juillet 1792, Schmidt écrit au roi un mémoire afin de solliciter un « brevet d'invention pour une machine à décapiter », accompagné d'un dessin colorié. Le ministre de l'Intérieur Champion de Villeneuve lui fit répondre le 24 juillet : « Il répugne à l'humanité d'accorder un brevet d'invention pour une découverte de cette espèce ; nous n'en sommes pas encore à un tel excès de barbarie. Si M. Schmidt a fait une invention utile dans un genre funeste, comme elle ne peut servir que pour l'exécution des jugements, c'est au gouvernement qu'il doit la proposer. »(42)


La guillotine fonctionnelle
Le berceau de la guillotine
Schmidt, pour mener à bien ce projet de construction, était venu de Strasbourg s’installer à Paris. Son atelier a été situé dans un appentis au no 9 de la Cour du Commerce-Saint-André. L’adresse était sans doute délibérée puisque Guillotin avait pris un logement dans un bâtiment contigu, au no 21 de la rue de l'Ancienne-Comédie. Des riverains y furent témoins des essais du futur « glaive de la Loi », car on y procéda à la coupe de bottes de paille puis à la décapitation de moutons afin de juger du bon fonctionnement de l’instrument.
C’est dans cette même cour qu’en face, Marat imprima quelque temps son journal43. Au-dessus d’un porche qui faisait communiquer la rue des Cordeliers à cette cour, habitait Danton et à quelques pas se trouvait le domicile de Marat (au no 20 devenu aujourd’hui le no 18) où il sera assassiné. Enfin, au no 35, logeait Simon, le geôlier du Dauphin. Marat paraît s’être intéressé à ce que faisait son voisin puisqu’on a pu lui attribuer la première idée de baptiser la machine du nom de Louisette afin d’honorer le chirurgien44.

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