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GUILLOTINE,chapitre,10

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Premières victimes
Collenot d'Angremont, arrêté à Sèvres où il s’était réfugié avec sa famille, déjà soupçonné d’avoir été l’instigateur d’un assassinat contre le maire Pétion et accusé de conspiration antirévolutionnaire, fut amené, le 21 août, de sa prison de l’Abbaye devant le tribunal révolutionnaire, présidé par Charles Sepher. Il y fut déclaré coupable « d’embauchage et de levée d’individus formés en brigades, en qualité d’agent d’un ministère corrompu et de la police de Paris, ayant entretenu des correspondances suspectes » et condamné à la peine de mort, au terme d’une audience de quelque trente-deux heures. On précipita l’exécution de la sentence pour bénéficier pleinement de l’excitation populaire.
H. A. Wallon(59 )rapporte que Charles-Henri Sanson était, sur une initiative du publiciste jacobin Gorsas qui conservait quelque animosité à l’encontre du bourreau, emprisonné par la Commune depuis ce même jour du 10 août afin qu’en cas d’échec de l’insurrection, il n’eût pas possibilité de pendre des patriotes. Il eut un droit de sortie pour les deux premières exécutions et n’aurait été relaxé qu’à la suivante. Le 21 août, à 10 heures du soir, Collenot est conduit place du Carrousel. Le peuple, en chemin, lui arracha sa « redingote nationale » et battit des mains quand il monta à l’échafaud. Sa tête sanglante fut montrée à la lueur des flambeaux dans le silence d’une foule extasiée. Collenot est connu comme le premier guillotiné pour ses opinions politiques.


La guillotine est déclarée permanente

Le 21 août 1792, la guillotine est déclarée permanente
Manuel, procureur de la Commune de Paris, après le supplice, interdit le démontage traditionnel de la machine et, congédiant Sanson qui s’apprêtait à le faire, déclara « la guillotine permanente »(60.) Peu après, s’ensuivit un arrêté de la Commune : « Le procureur de la Commune entendu [Manuel], le Conseil Général arrête que la guillotine restera dressée sur la place du Carrousel, jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné, à l’exception toutefois du coutelas que l’exécuteur des hautes œuvres sera autorisé d’enlever après chaque exécution ». Ainsi, sur cette place auront lieu presque toutes les exécutions jusqu’au décret du 10 mai 1793 qui désignera pour la remplacer la place de la Révolution, anciennement place Louis XV.
Le 23 août, Arnaud de Laporte, intendant de la Liste civile, arrêté pour avoir réglé les frais de la propagande du parti de la Cour contre les Jacobins fut, au terme d’un procès embarrassé de quelque 40 heures, condamné à mort et décapité le lendemain. Le 25 août, Farmian du Rozoy, publiciste « réactionnaire » à la Gazette de Paris, fut mené à l’échafaud le jour suivant son procès. Il fut enregistré que le prévenu incita l’Assemblée à abolir la peine de mort et à se servir de son sang pour l’expérimenter sur des vieillards afin de vérifier la possibilité d’une régénérescence par l’apport d’un sang nouveau. Ce qui en fait probablement le premier exemple reconnu d’un corps laissé à la science. Il est aussi le premier à avoir été guillotiné pour ses écrits politiques. Le Bulletin du Tribunal reconnut le courage de ce personnage : « Nous regrettons seulement que des hommes de sa trempe n’embrassent point la cause de l’humanité ».
Jean Julien, charretier de Vaugirard, fut pris lui aussi au nombre des conspirateurs du Dix-Août et condamné, pour l’exemple, à dix ans de pilori en place de Grève. Son supplice commença le 1er septembre. Le malheureux se mit à invectiver la foule qui venait le voir. Sans cesse, il criait « Vive le roi, vive la reine ! » et insultait la Nation qui l’avait condamné. La populace l’aurait mis à mal s'il n'avait été ramené en prison. Le lendemain, il fut jugé, condamné à la peine capitale, puis décapité le jour suivant. Le mot qui définit le mieux cette triste histoire est celui du président du tribunal Osselin dans son allocution finale: « Vous étiez condamné à un esclavage de dix ans [...] un esclavage de dix ans pour un Français est une mort continuelle »(61.)
Le 2 septembre, le major des Gardes suisses, nommé Bachmann, dont le procès avait commencé la veille, et durait depuis trente-six heures, avait vainement invoqué l’incompétence du tribunal révolutionnaire, étant donné qu’il était étranger et que son pays avait ses propres tribunaux pour le juger. Pendant qu’on l’interrogeait, une troupe de justiciers ensanglantés qui revenaient des prisons de la Conciergerie fit irruption pendant l’audience pour assouvir les « vengeances du peuple ». Le major Bachmann s’avança vers la barre et demanda à être le seul coupable, afin que ses compatriotes présents dans la salle fussent épargnés. Le président Lavaux, gardant le même calme autoritaire que le Suisse, obtint de la cohorte qu’elle respecte la loi et se retire. Le garde qui avait, pour ainsi dire, prononcé sa propre sentence, fut condamné à mort et exécuté le jour même.


Second tribunal révolutionnaire
Le nombre considérable des prisonniers incriminés comme les « ennemis intérieurs » de la Révolution et la lenteur de leurs procès furent un des motifs qui, à cette période, ont incité à une justice parallèle plus expéditive, laissant les mains libres à « la justice du peuple » : les massacres de Septembre(62.) Le premier tribunal révolutionnaire fut brutalement dissous le 1er décembre 1792 et, les massacres ayant pour ainsi dire pris le relais, l’échafaud tomba ensuite dans l’inaction complète pendant près de quatre mois, sinon pour les exécutions de droit commun ou exceptionnelles comme celle du dernier souverain ; ce qui laisse supposer des luttes fratricides au sein des factions jacobine et girondine en vue de prendre la tête du mouvement insurrectionnel. Cela se termina avec la prise de commande par les Jacobins qui eurent à remettre tout de suite en marche la guillotine et instituèrent le 10 mars 1793 un second tribunal criminel extraordinaire qui, le 28 octobre 1793, prendra officiellement, cette fois-ci, le nom de « tribunal révolutionnaire » et auquel furent conférés « une juridiction illimitée et des pouvoirs exorbitants »(63.)
« Soyons terribles pour dispenser le peuple de l’être », s’exclame Danton au cours des débats. Robespierre, de son côté, écrit sans ambages : « La Terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible : elle est donc une émanation de la vertu »(64.) Le premier exécuté de ce tribunal est Louis Guyot des Maulans, gentilhomme poitevin, arrêté le 12 décembre 1792. Jugé le 6 avril suivant, il fut exécuté ce même jour, et, comme l’heure était tardive, à la lueur de quatre douzaines de flambeaux(65,) recréant la magie nocturne des premières décapitations politiques. Mais c’est le parti des Girondins qui fera principalement les frais de cette recrudescence. La loi de modification de ce tribunal en date du 10 juin 1794 (22 prairial, an 2) va simplifier et donc accélérer les procédures. Cette loi fut impopulaire et les députés de la Plaine demandèrent instamment qu’elle fût rapportée. Le tribunal qui avait prononcé 1231 condamnations à mort du 6 avril 1793 au 10 juin 1794 en a prononcé 1376 du 11 juin 1794 au 27 juillet 1794. « La sévérité n’est redoutable que pour les ennemis de la liberté », déclare encore Robespierre(66 )à propos de la Loi du 22 Prairial.
Sur les 500 000 emprisonnés au cours de la Révolution, 100 000 ont été exécutés ou massacrés. 20 à 30 000 fusillés et sur les 17 000 guillotinés de la Terreur, 85 % des condamnés étaient issus du tiers-État (essentiellement des bourgeois), 8,5 % de la noblesse et 6,5 % du clergé(67.)

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