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GUILLOTINE,chapitre,11

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Hors-ligne

Les hommes de la guillotine
Charles-Henri Sanson, un maître exécuteur

L'exécuteur des hautes œuvres du roi Louis XVI (Charles-Henri Sanson, lui-même, imaginé par H. Baron)

Une exécution place de la Révolution.
Un certain Giraud, dans une lettre au Comité de public(68,) s’exclame :« À Paris […] l’art de guillotiner a acquis la dernière perfection. Sanson et ses élèves guillotinent avec tant de prestesse qu’on croirait qu’ils ont pris des leçons de Comus, à la manière dont ils escamotent leur homme ! »(69.) Si Sanson fut « l’exécuteur des hautes-œuvres » sous l’Ancien régime, il devint populairement le « Vengeur du peuple » sous la Terreur, ou plus familièrement le « barbier national » ; mais, publiquement, il n’était pas question de l’appeler guère autrement que « l’exécuteur des jugements criminels ». Camille Desmoulins, entre autres, qui le surnomma par la suite « le chef du pouvoir exécutif », en avait subi les conséquences quand il l’avait, dans son journal, traité de « bourreau », car il se vit assigné pour calomnie devant les tribunaux par le chatouilleux guillotineur(70.) Une ordonnance du Conseil d’État, en date du 12 janvier 1787, avait rappelé, en effet, qu’était proscrite l’appellation de « bourreau » pour nommer l’exécuteur des hautes œuvres.


Comptant quelques inimitiés, il fut amené à défendre son honneur quand il fut accusé de faire commerce des dépouilles des suppliciés, et notamment celles de « Louis Capet ». Il écrivit une réponse dans « Le Thermomètre du jour » : « […] ce commerce infâme ne peut avoir eu lieu que par des fripons ; la vérité est que je n’ai pas souffert que personne de chez moi en emportât ou en prît le plus léger vestige ». Il usa encore de son droit de réponse dans le même journal pour « rendre hommage à la vérité » quand un article virulent de l'antimonarchiste Dulaure lui prêta des propos qu’il n’avait pas tenus sur la mort du dernier roi. Sanson qui était bien placé pour avoir vu mourir ce dernier avec « un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés » décrivit avec précision tous les faits et gestes du roi à sa dernière heure. Dulaure dut se rétracter et révéler sa source qui n’était autre que les Annales patriotiques et littéraires de Carra qui exécrait Louis XVI autant que lui et décrivait le souverain comme un lâche(71.) Sanson avait beau être le précieux auxiliaire de la nation, on ne lui épargnait rien. Ainsi, lorsque la tête de Corday fut souffletée, le conventionnel Sergent-Marceau demanda au président du Tribunal un blâme à l’encontre de l’exécuteur. Or, s’il était logique de le soupçonner, Sanson put établir qu’on devait imputer cet acte à un charpentier qui n’était pas à son service et qui avait reconnu sa faute(72.)


Le maître-exécuteur qui voyait pourtant son action facilitée, s’étonnait du nombre de condamnés et fut un temps soupçonné de modération, car il montrait un calme résigné, voire de la sollicitude envers les suppliciés comme envers le roi. Partisan discret de l’abolition de la peine de mort, il eut l’occasion de sauver quelques femmes auxquelles il avait conseillé de se déclarer enceintes(73). On détenait, en effet, ces femmes jusqu’à la preuve de leur grossesse, à la prison de la Petite-Force, ancien hôtel de Brienne qui jouxtait l’hôtel de la Force. Un autre trait marquant qui lui valut l’estime des chroniqueurs est l’intervention risquée de Sanson auprès de Fouquier-Tinville pour ajourner une charrette de condamnés qu’il pensait menacée par une inquiétante agitation populaire. C’était le 9 Thermidor, et si l’accusateur public qui ne se souciait à cette heure que d’aller manger, n’était pas resté inflexible, les malheureux auraient été sauvés. Comme le souligne G. Lenotre(74), Sanson fut impertinent, ne craignant ni de critiquer ni de réclamer, mais il demeurait « l'agent nécessaire, indispensable, le plus ferme soutien du régime en vigueur, la base de tout le système [...] et s'il n'eût été le guillotineur, il eût été guillotiné ».
Sanson, avait, en des temps difficiles, assumé une tâche délicate ou plutôt toutes celles qui incombent à un bourreau, en incluant toutes les autres punitions qui sont décrétées par un tribunal, avec une conscience irréprochable et fut un exemple pour tous ses collègues des autres départements. Les plaintes furent rares : parfois des spectateurs furent indignés et accusèrent un de ses aides d’avoir saisi et maîtrisé trop rudement des condamnés récalcitrants. On appela aussi la guillotine « la fille à Charlot » car Charles-Henri Sanson est resté dans les mémoires pour avoir suivi les tout premiers coups de lame de cette machine et « raccourci » la plupart des protagonistes politiques de son époque. Las de cette tâche dont il s’est dégoûté assez vite, il apparaît, à un certain moment, avoir laissé son fils aîné, d’un âge où on est moins sentimental, commander les exécutions à sa place(note 9). Il devait se retirer le 30 août 1795, à l’âge de cinquante-six ans, après un exercice titulaire de 17 ans. Il était entré, en effet, dans le métier une vingtaine d’années auparavant. Le 13 septembre 1790, il avait déjà désigné officiellement comme successeur son fils Henri qui était alors capitaine d’artillerie(7)

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