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Dr Dominique-Michel Courtois : "il n’y a plus d’humanité dans la médecine"

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Un père et son fils réunis dans un livre pour condamner les récents scandales de la médecine française : Dominique-Michel et Philippe Courtois, respectivement médecin et avocat, dénoncent un système gangréné par la rentabilité au mépris des patients et de la déontologie médicale. Ils réclament un recours aux médecines douces pour sortir du cercle vicieux des médicaments.
Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce réquisitoire ?

Dr Dominique-Michel Courtois : Pour dénoncer les dérives de la médecine française en revenant sur les derniers grands scandales sanitaires : le Médiator, les prothèses ­mammaires PIP, l’amiante qui va encore causer 10 000 morts par an jusqu’en 2050. Nous annonçons de futurs drames sur lesquels le corps médical ferme les yeux : les téléphones portables, les médicaments génériques, la cigarette électronique, les essais thérapeutiques. Tous les jours, malgré les contrôles, malgré les différents organismes censés nous protéger, des scandales fleurissent. Nous assistons au suicide de la médecine alors qu’elle était autrefois la plus réputée du monde. J’ai écrit ce livre en connaissance de cause car j’ai connu les deux côtés de la barrière. Pendant quarante ans, j’ai opéré comme chirurgien maxillo-facial en clinique. À chaque erreur médicale, on convoquait le personnel et on refaisait le dossier du patient. Il ne fallait surtout pas que cela se sache pour ne pas entacher la réputation de la clinique. J’ai été témoin de ce type d’arrangements. En 1990, j’ai eu l’idée de regrouper des médecins afin d’aider les ­victimes en étudiant leurs dossiers et en leur indiquant les voies à suivre en cas d’erreur médicale.
Comment expliquer ce mépris pour les victimes de la médecine ?

Dr D.-M. C. C’est le règne de l’argent, avec la toute-puissance des laboratoires pharmaceutiques. Et ça commence pratiquement à la naissance. Vous naissez, on vous donne des couches et des modèles de lait. Tout au long de leur cursus, les médecins sont financés par les laboratoires. De leur côté, les organismes de contrôle sont totalement défaillants.

Me Philippe Courtois Dans les années 1980, il y avait un scandale tous les cinq ou dix ans. Depuis le PIP, à partir de 2008-2009, un nouveau scandale éclate tous les ans. Et à chaque fois, on retrouve l’Agence du médicament (ANSM). Cette agence avait été mise en place après l’affaire du sang contaminé comme garde-fou. Elle est pourtant de tous les scandales de santé publique depuis le sang contaminé ! L’Agence du médicament, c’est un peu une sirène silencieuse, ou un chien de garde qui se couche dès qu’il y a un problème.
Peut-on parler d’une mafia du médicament ?

Me Ph. C. ll y a véritablement une omerta. Il existe des liens très étroits entre le monde médical, le monde pharmaceutique et l’Agence du médicament, qui est là en principe pour nous protéger. Mais elle est financée à 80 % par les taxes sur les laboratoires. Comment peut-on dire aujourd’hui qu’elle est fiable ? Il faudrait une agence totalement indépendante, autonome, financée directement par l’État, et non pas par les laboratoires.

Dr D.-M. Courtois Un exemple : les prothèses mammaires PIP. La Food and Drug Administration (FDA) [Agence du médicament américaine, ndlr] a pris l’avion pour aller à la Seyne-sur-Mer contrôler leur fabrication. Et elle a dit : jamais ces prothèses ne mettront les pieds sur le sol américain. L’Agence du médicament française n’a même pas pris le train pour la Seyne-sur-Mer ! C’est ce qui a permis à l’entreprise de mettre un gel frauduleux dans les prothèses mammaires. Il ne faut pas oublier que pour être actif, un médicament comporte forcément des effets secondaires qui peuvent être graves. Tout Français devrait comprendre que, quand il prend un médicament, celui-ci aura des effets sur sa maladie, mais peut aussi entraîner des complications, y compris graves, et peut-être mortelles. Les patients doivent en être informés.
Considérez-vous les médecins comme responsables ?

Dr D.-M. Courtois : Oui. Il faut ­parler de la responsabilité des médecins. Ils sont régulièrement visités par les laboratoires qui, malgré les différentes directives, continuent à leur offrir des x plus ou moins déguisés. Les laboratoires ont de nombreux liens avec le gouvernement, avec les ministres concernés pour obtenir les autorisations de mise sur le ­marché (AMM). Une fois obtenue l’autorisation, le médicament est rentabilisé au maximum. Les labos démarchent les médecins et les poussent astucieusement à ­prescrire le plus possible de médicaments à leurs patients.
Et le patient ?

Dr D.-M. C. : Lui aussi a sa part de responsabilité. Il veut tout, et tout de suite : ne plus souffrir et être traité le plus rapidement possible. Il va vers son médecin systématiquement et considère, s’il n’en ressort pas avec une ordonnance, qu’il n’a pas été bien écouté et qu’on n’a pas traité correctement sa maladie. En France, 90 % des consultations se terminent par une prescription médicale, pour 70 % en Angleterre et seulement 40 % aux Pays-Bas. Les Français consomment 48 boîtes de médicaments par an. Or seuls 180 médicaments suffiraient à traiter la quasi-totalité des maladies. Les médicaments sont indispensables pour les maladies graves, mais pour le reste, il faudrait que les Français ­comprennent qu’ils sont devenus des surconsommateurs.
Faut-il alors continuer à aller chez le médecin ?

Dr D.-M. C. : Il faut quand même continuer à aller voir son médecin, mais son médecin de famille, parce que c’est celui qui vous connaît le mieux. Certains médecins font aujourd’hui de 80 à 100 consultations par jour ! Un scandale a éclaté dans les hôpitaux parisiens : lorsque vous entrez en consultation, on doit vous laisser parler vingt secondes, puis on doit vous couper, car la consultation ne doit pas durer plus de dix minutes !

Me Ph. C. C’est aux médecins d’avoir ce réveil citoyen pour dire : on n’a plus besoin d’avoir autant de médicaments, on peut se soigner ­différemment sans pour autant se porter plus mal.
Les pharmaciens sont-ils ­complices de ce système ?

Dr D.-M. C. : Les pharmaciens sont devenus de simples vendeurs de médicaments, alors qu’ils ont un rôle de conseil et de contrôle. Il ne faut pas oublier que le médecin prescrit, certes, mais que le ­pharmacien doit contrôler la ­prescription en fonction du dosage. Pourtant, nous avons des erreurs médicales dans lesquelles la responsabilité du pharmacien est engagée parce qu’il n’a rien contrôlé. Il n’a eu qu’un rôle d’épicier. C’est un problème d’éthique, mais aussi une question de rentabilité, d’appât du gain. Un pharmacien doit acheter sa pharmacie, puis atteindre l’équilibre financier, rembourser son prêt…

Me Ph. C. Il y a un monopole total des médecins et des pharmaciens sur la médecine. Dès qu’on veut montrer que des plantes peuvent agir aussi bien qu’un médicament, il y a omerta. On est accusé d’exercice illégal de la médecine avec des menaces d’interdiction, alors qu’on se soignait ainsi autrefois. Qu’est-ce qui a changé ? Simplement le pouvoir financier. C’est ce qui explique qu’il est si difficile de promouvoir la médecine douce et l’utilisation classique des plantes.
Quels sont vos adversaires les plus acharnés ?

Me Ph. C. Il y a quinze ans, les groupes les plus compliqués à combattre étaient l’ensemble du monde médical : médecins et laboratoires. Petit à petit, le rapport de force s’est rééquilibré car les victimes se sont battues pour leur droit. Aujourd’hui, le combat le plus âpre nous oppose aux laboratoires, mais il n’est pas impossible à gagner. Ceux-ci ont, il est vrai, des moyens financiers importants et n’hésitent pas à faire des contre-expertises, à combattre n’importe quelle procédure pour aller jusqu’au bout de la démarche. Mais dans l’affaire du Médiator, ils ont dû rapidement baisser les armes. Dans la mentalité des victimes, il n’y a plus la crainte d’agir contre un médecin, un laboratoire, un centre hospitalier, une clinique. Les mentalités évoluent, mais on est encore très loin de la transparence et d’en avoir fini avec ce monde ­opaque.

Dr D.-M. C. : Il n’y a plus d’humanité dans la médecine. On court d’un patient à l’autre. On court d’une rentabilité à l’autre. J’espère, même si je ne vois pas trop ­comment, qu’on va inverser la machine de façon pérenne. La Sécurité sociale étant ce qu’elle est, je crois que tôt ou tard, il faudra bien comprendre qu’on ne pourra pas soigner toutes les maladies avec des médicaments de plus en plus chers. Dans les études de médecine, on a introduit depuis quatre ou cinq ans un peu de psychologie pour avertir une famille en cas d’erreur médicale. Dans les facultés de médecine, il devrait y avoir des cours magistraux de médecine douce, de médecine par les plantes pour que tout médecin normalement formé puisse avoir dans sa panoplie autre chose que des médicaments. Je crois qu’on y arrivera, petit à petit.

Dominique-Michel Courtois (photo de droite) est médecin chirurgien spécialisé en chirurgie maxillo-faciale. Témoin de falsifications de dossiers de malades à la suite d’erreurs médicales, il réalise l’impuissance des victimes. Il fonde en 1990 l’Aavac, l’Association d’aide aux victimes d’accidents corporels, qui assiste plusieurs milliers de victimes chaque année.

Philippe Courtois est avocat, spécialisé dans la défense et l’indemnisation des victimes d’accidents corporels. Il a été sensibilisé très tôt aux erreurs médicales et à la défense des victimes. Il les aide à faire reconnaître leur statut de victime et à obtenir la meilleure indemnisation.



En savoir plus

Dominique-Michel Courtois a écrit plusieurs livres sur les erreurs médicales :

• « Affaires médicales la vérité », Éd. 
Jacques-Marie Laffont (2002).
Source alternative santé
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