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Robespierre,chapitre,19

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Le 8 germinal an II (28 mars 1794), Dufay, Mills et Belley écrivirent au Comité de public une lettre précisant leurs requêtes quant à l'exécution de l'abolition de l'esclavage qui partit le 23 germinal an II (12 avril 1794). Mais ils s'inquiétaient surtout du décret relatif aux modalités d'arrestation de Sonthonax, et de Polverel, mis en accusation le 16 juillet 1793 pour avoir été girondins. Il s'agissait pour Dufay, Mills et Belley d'évincer de la commission le créole Simondes, un proche de Page et de Brulley. Après enquête, le 22 germinal (11 avril) Robespierre cosigna avec Barère, Carnot et Collot d'Herbois un arrêté de mise à exécution de l'injonction(240.) Simondes fut ainsi remplacé par le capitaine Chambon. Le lendemain 23 germinal- 12 avril le décret d'abolition lui-même à mettre à exécution à Saint-Domingue par le même capitaine Chambon, est signé par Barère, Collot d'Herbois, Carnot et cette fois-ci Billaud-Varenne. Mais le 3 floréal an II-22 avril 1794, tous les cinq ainsi que Prieur de la Côte d'Or signent pour les petites Antilles françaises -Guadeloupe, Martinique, Sainte-Lucie- la nomination d'un troisième commissaire, Sijas, sur demande des deux autres, Victor Hugues et Pierre Chrétien. Ceux-ci jugèrent (par lettre du 26 germinal an II- 15 avril 1794 adressée en deux exemplaires à Barère et Billaud-Varenne) pour eux la tâche trop ardue « à l'échelle de trois grands colonies séparées par des bras de mer », souhaitaient se prémunir d'une catastrophe en cas de mort ou de maladie de l'un d'entre eux et demandaient à être arbitrés et départagés par un tiers en cas de divergence. Mais l'ordre arriva trop tard et Sijas ne put embarquer (241). On relève aussi que Robespierre ne signa pas la veille, 2 Floréal an II-21 avril 1794, l'ordre de suspension d'envoi du décret d'abolition aux Mascareignes, pourtant signé par les cinq autres collègues du CSP (242). Or le 6 thermidor an II (24 juillet 1794), Robespierre eut une assez violente altercation publique au club des jacobins avec le député créole des Mascareignes, Benoît-Louis Gouly, esclavagiste camouflé. Toutefois, il n'y était pas question de l'oppression des Noirs mais de grossières flagorneries que ce député suspect aurait formulées à l'égard de Robespierre à propos d'une conspiration que ce dernier dénonçait.


Mais, à contre-courant de la mode thermidorienne, Jean-Baptiste Belley instrumentalisa en l'an III, dans ses réponses aux insultes écrites négrophobes de Gouly, la réaction de Robespierre(243.) Quant à la deuxième phrase écrite en privé pendant la crise des factions, elle peut aussi lui avoir été à nouveau influencée par Janvier Littée, mais elle fut de toute façon supprimée par Saint-Just quand il mit au propre les notes de son ami contre les Dantonistes pour son réquisitoire du 11 germinal an II (31 mars 1794), sans que leurs relations en fussent troublées. Saint-Just, qui connaissait d'ailleurs Page et Brulley pour s'être souvent entretenu avec eux(244,) n'en signa pas moins avec Collot d'Herbois, au nom du Comité de public, l'ordre d'arrestation des deux colons, le 17 ventôse an II (7 mars 1794) sur requête le 6 ventôse (24 février) de la députation de Saint-Domingue(245). La Convention nationale vota le 19 ventôse an II (9 mars 1794), à l'encontre des colons esclavagistes, le décret suivant : « Article 1. Tous les colons qui ont été membres de l'assemblée de Saint-Marc et de celle connue depuis sous le nom d'Assemblée coloniale, les agents de ces assemblées actuellement en France, et les membres des clubs de Massiac et des colonies, seront mis en état d'arrestation »(245). Les dossiers de la police générale « indiquent qu'à la fin mars 1794, la nouvelle Commune robespierriste relaya la politique entamée par Chaumette et les Hébertistes, peu avant leur élimination, d'arrestations massives des membres d'assemblées coloniales, symboles vivants de l'aristocratie de la peau »(235.) À partir d'avril deux membres du comité de public en mission dans les ports de l'Ouest de la France, Prieur de la Marne et Jeanbon Saint-André, agirent en ce sens à Nantes et à Brest(246)(,247). Enfin dans le climat jacobin d'alors de février à la fin juillet 1794 la Convention reçut en provenance de la France entière plusieurs centaines de lettres de félicitations pour l'abolition de l'esclavage et de dizaines d'annonces de fêtes de cette même émancipation, organisées souvent sous la houlette de représentants en mission. La Convention thermidorienne arrêta, immédiatement après la chute de Robespierre, ces annonces et lectures d'adresses de félicitations (248.) Le 21 ventôse an II-11 mars 1794 deux représentants en mission, Adam Pfiegler à Châlons-sur Marne, Joseph Fouché à Lyon, informèrent par lettre le CSP de l'organisation de fêtes de l'abolition de l'esclavage. Le 20 prairial un colon de Saint-Domingue, Thomas Millet, détenu à la prison des Carmes, protesta par une lettre envoyée également au comité de public contre le dévoiement de la fête de l'Être Suprême : la présence de Dufay « agent de Pitt » le soutien aux esclaves noirs insurgés. Cas unique à ce jour d'un colon esclavagiste qui ait perçu en Robespierre, de son vivant même, et non après sa mort dans le contexte des polémiques thermidoriennes, comme un partisan et acteur de l'application du décret du 16 pluviôse an II( 249.)


L'Être suprême

Fête de l’Être suprême au Champ de Mars, le 20 prairial an II, toile de Pierre-Antoine Demachy en 1794 (Musée Carnavalet, Paris).
Robespierre n'a jamais caché sa foi, commune à l'époque, en un Être suprême. Dès le 26 mars 1792, aux Jacobins, Guadet lui avait fait un crime d'invoquer la Providence – les Girondins ne lui pardonnaient pas d'être le principal opposant à leur projet guerrier. Loin de se dérober, il assuma(250 :)
« La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme, mais ce n’est point induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la divinité, j’abhorre autant que personne toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l’univers pour favoriser l’ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir secret de l’éternel qui a créé la nature et l’humanité, mais je suis bien loin de la confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s’est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s’étaie la faiblesse humaine pour s’élancer à la vertu. Ce n’est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n’en avaient pas moins de morale pour croire à l’existence de dieu. Oui, invoquer le nom de la providence et émettre une idée de l’être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d’une manière toute particulière sur la révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire ; comment ne me serait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l’assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, et environné de tant d’ennemis nombreux, me suis soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n’avais point élevé mon âme. Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m’a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple(251.) »

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