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Révolution Française,chapitre,17

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La lutte des factions
Si, en décembre 1793, la situation militaire a commencé à s’améliorer, celle des sans-culottes n’a guère progressé et le mécontentement populaire demeure. Avec la disparition des Enragés, Hébert et les Cordeliers se retrouvent au premier plan des républicains « Exagérés » et profitent de la situation sociale pour demander des mesures toujours plus extrêmes(Note 58,)(198.) Cette surenchère des ultra-révolutionnaires indispose les « Indulgents » qui supportent mal les discours enflammés des partisans de la Terreur(199.) Pour les Indulgents, la guerre intérieure terminée, l’invasion contrôlée, la Terreur et son cortège de contraintes économiques et sociales n’ont plus de raison d’être ; dès lors, ils se lancent dans une campagne pour l’indulgence et Danton réclame « l’économie du sang des hommes » (2 frimaire - 22 novembre 1793) alors que, de son côté, son ami Desmoulins, dans son nouveau journal Le Vieux Cordelier, (15 frimaire – 5 décembre) s’attaque aux Exagérés et demande un comité de clémence(200.) Face à la faction des Ultras (Hébertistes ou Exagérés), celle des Indulgents (Dantonistes ou Citras) s’est formée.


Drame de germinal
En luttant contre les factions des Ultra-révolutionnaires et des Indulgents, le Comité de public poursuit son objectif de stabilisation de la Révolution(198.) Lors de la lutte contre la déchristianisation, le Comité a imposé son point de vue au mouvement populaire et donné des garanties aux modérés tout en faisant croire aux uns et aux autres qu’il est favorable à leurs revendications(201): Robespierre, pour sa part, s’étant un temps rapproché des Indulgents(Note 59.) Or, il n’en est rien, car pour le gouvernement il ne s’agit pas seulement de vaincre mais d’anéantir l’ennemi, le coalisé comme le royaliste et pour imposer la paix, la Terreur est un outil qui lui paraît indispensable(202.) L’hiver 1793-1794, extrêmement dur pour le peuple touché par le froid et la faim, est l’allié des extrémistes ; Hébert en profite, une nouvelle fois, pour pousser les sans-culottes dans la voie de la violence : on pouvait craindre alors un nouveau 31 mai ainsi qu’un renouvellement des massacres de Septembre200. Provisoirement, les divers groupes de la Montagne et de la Commune s'entendent pour clamer au nom de l'égalité et du genre humain l'émancipation des Noirs dans les colonies : le 15 pluviôse an II-3 février 1794 trois nouveaux députés de Saint-Domingue, dont deux de couleur, sont admis à l'assemblée nationale. Le lendemain 16 pluviôse-4 février l'esclavage colonial est aboli après interventions de Levasseur, Lacroix, Grégoire, Cambon, Danton, Bourdon de l'Oise(203.) Les trois députés de Saint-Domingue sont accueillis chaleureusement le soir même au club des jacobins par Simond, Momoro, Maure(204.) La mesure abolitionniste est également saluée par La feuille de public organe officieux du comité de public(205.) Enfin le 30 pluviôse-18 février le décret fait l'objet d'une cérémonie au Temple de la Raison (Notre-Dame de Paris) sous la houlette de Chaumette, qui suscitera quelques jours après chez Hébert « la grande joie » du Père Duchesne(206.)


es décrets de ventôse (26 février et 3 mars 1794) – manœuvre du gouvernement pour couper les sans-culottes de leurs chefs ultra-révolutionnaires(207) – légalisent la séquestration des biens des personnes reconnues ennemies de la République ; ces biens doivent servir à soulager les malheureux(208.) Mais ces mesures ne suffisent pas à calmer l’agitation sans-culottes et Jacques-René Hébert a beau jeu de dénoncer la faction des « Endormeurs » de la Convention, ceux qui veulent mettre sur un même pied les « vrais patriotes » et les Indulgents(209), « qui veulent détruire les échafauds parce qu’ils craignent d’y monter ».
La situation étant explosive, le pouvoir révolutionnaire redoute le pire. Des révélations concernant les factions vont confirmer Robespierre et Saint-Just dans leurs appréhensions. En effet depuis l’automne 1793, dénoncée par deux Montagnards (Fabre le 27 septembre et Chabot le 14 novembre) auprès des Comités[pas clair], la « faction hébertiste » est soupçonnée de tremper dans une vaste « conspiration de l’étranger »(210) que le pouvoir ne veut cependant pas ébruiter de crainte de discréditer et de rompre l’unité de la Montagne(Note 60 ); à cette période, Robespierre ne veut pas s’attaquer à la Commune de Paris, forteresse sans-culotte, soutenue par certains membres des Comités de gouvernement soucieux de protéger Hébert(211.)
Pourtant, au printemps suivant, le renforcement du gouvernement, l’affaiblissement des factions rivales ainsi que l’entente entre les deux Comités a modifié la situation et lui permet d’agir d’autant que les ultras, qui recommencent à s’agiter, en fournissent l’occasion. Un plan d’insurrection contre la Convention, imprudemment proclamé par Ronsin puis repris par Vincent et Hébert (4 mars 1794), précipite la décision(212). Après une vaine tentative de conciliation de Collot d’Herbois, sous l’impulsion de Robespierre, qui veut abattre la faction qu’il juge la plus dangereuse, le rapport de Saint-Just du 10 mars suivant à la Convention(213) conduit à l’arrestation des principaux chefs hébertistes Jacques-René Hébert, Momoro, Ronsin et Vincent dans la nuit du 23 au 24 ventôse an II. Quelques jours plus tard ils sont traduits devant le Tribunal révolutionnaire(Note 61). Amalgamés à des agents du « complot de l’étranger », à la suite d’un procès truqué, ils sont condamnés à mort et exécutés le 24 mars 1794 (4 germinal an II)(214.)


Après s’être débarrassés des hébertistes, Robespierre et Saint-Just, sous la pression de Vadier et ses alliés du Comité de sûreté générale, épaulés par Collot d’Herbois et Billaud-Varenne, reprennent à leur compte le combat contre les Indulgents(215.) Cependant, l’Incorruptible hésite à se joindre à ceux qui demandent la mise en accusation de Danton, mais cède définitivement après l’échec des entrevues de la fin de ventôse et de début germinal(Note 62.)
Le rapport du 23 mars 1794 (3 germinal an II) de Saint-Just sur « les factions de l’étranger » est présenté le lendemain à la Convention qui accorde ce qu'on lui présente comme une ultime purge parlementaire[pas clair](216,) alors que Vadier, grand ennemi du Tribun, emporte la décision de faire arrêter les modérés avant le vote du décret d’accusation(217.) Danton, qui a refusé de fuir, (« On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ! ») est arrêté dans la nuit du 9 au 10 germinal an II avec ses amis : Camille Desmoulins, pourtant proche de Robespierre, Fabre d'Églantine, compromis dans l’affaire de la Compagnie des Indes, ainsi que treize autres dantonistes ou suspects(Note 63). Mis en jugement le 2 avril (13 germinal) suivant, ils sont mis dans le même sac que des affairistes accusés de spéculation puis sont condamnés à mort(Note 64) et guillotinés, le 5 avril suivant (16 germinal), après un procès tout aussi truqué(Note 65) que celui des hébertistes. L'aile droite des Montagnards n’existe plus.
Le 4 avril 1794 (16 germinal an II), en plein procès des dantonistes, éclate un « complot des prisons »(218.) Révélée par un prisonnier, Alexandre de Laflotte, « la conspiration du Luxembourg(Note 66) », dont le but est de faire évader les inculpés à la faveur d’un soulèvement des prisons, paraît plausible à Robespierre et à Saint-Just qui, dès lors, en admettent la réalité(219). Ce complot serait tramé par le général Dillon et un autre détenu, le député du Bas-Rhin Simond ; accusée de financer l’opération, Lucile Desmoulins est incarcérée à Sainte Pélagie(Note 67). Le 13 avril (24 germinal) suivant, sous le motif d’avoir voulu « … massacrer les représentants du peuple et replacer sur le trône le fils du tyran… » ils sont, après un jugement sommaire, condamnés à mort. Amalgamés à Pierre-Gaspard Chaumette, oublié du procès hébertiste, à Gobel, évêque abdicataire de Paris, à la veuve Hébert(Note 68,) ainsi qu’à vingt-trois autres accusés, cette nouvelle fournée, de vingt-neuf condamnés, est amenée à l’échafaud dès le lendemain(220). La purge de Germinal aura fait, en trois phases, près de soixante victimes dont onze députés(221.)

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