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GUILLOTINE,chapitre,7

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Hors-ligne

Les maîtres d’œuvre
Le charpentier Guidon

L'échafaud peut comporter une trappe lors des exécutions de groupes. (Ici, neuf émigrés sur la place de l'Hôtel de ville)
Le procureur-général-syndic, Roederer, qui est chargé de superviser la nouvelle méthode légale de mise à mort, demande à Louis de s’adresser au sieur Guidon, charpentier ordinaire du Domaine et de s’entendre avec lui. Le chirurgien, qui lui a transmis toutes ses instructions, se montre, dans son courrier du 30 mars 1792, apparemment satisfait de l’entrevue avec cet artisan. Ces instructions nous donnent les renseignements essentiels sur la description générale de l’instrument primitif. Louis en a affiné presque tous les aspects.
Le charpentier du roi était naturellement le mieux placé pour emporter le marché mais il commet l’erreur de présenter un devis jugé exorbitant qui sera refusé net par le ministre Clavière. La note s’élève à 5 660 livres que Louis transmet à Roederer avec un avis défavorable, quoiqu’il reconnaisse que l’artisan « a bien senti les avantages de la construction la plus soignée ». Guidon a pourtant fait valoir que le prix de la machine fabriquée en plusieurs exemplaires - il est prévu une machine par département - tomberait à moins de 1 500 francs par spécimen. On pense alors que Guidon spécule en prétextant la rareté de trouver des ouvriers qui n’ont pas de préjugé ou de répugnance à travailler sur un instrument de mort(22.) Cette difficulté était réelle puisque Roederer n’en disconvient pas, que Sanson émettra une plainte identique lors de l’embauche de ses aides, et que les différents prestataires de la guillotine demanderont généralement l’anonymat.
Guidon avait cependant inclus dans la totalité de la somme le prix de l’échafaud complet en chêne (enceinte, plateforme, trappe, escaliers…). Il restera néanmoins le fournisseur agréé des bois de justice, c’est-à-dire l’échafaud proprement dit, qui passera à 40 louis pour le département de Paris ; et c’est lui qui sera sollicité, après les premiers essais de décollation à Bicêtre, pour remplacer, en vue de la première exécution pénale, le type habituel d’échafaud qui n’avait pas été jugé assez solide pour supporter le poids de la nouvelle machine(23.)
Il faudra attendre le 25 novembre 1870 pour que le ministre de la Justice, Adolphe Crémieux, supprime l’élévation de la guillotine sur une estrade, afin que cette machine ne soit plus l’occasion d’un « spectacle hideux ». Ce qui fournit alors à la loi le prétexte à réduire considérablement le nombre des exécuteurs et de leurs aides. Il ne restera en fonction que trois exécuteurs et leurs aides : à Paris, en Corse et en Algéri(e24. )


Le mécanicien Jean-Tobie Schmidt

Projet primitif de Schmidt et Laquiante
Louis Du Bois rapporte que c’est un commissaire du roi auprès du tribunal criminel du Bas-Rhin, nommé Jean T. A. Laquiante, qui, dès le mois de février, entre le premier en relation avec Jean-Tobie Schmidt (Usingen, 1768 – Paris, 1821)(25,)(26.) Schmidt est un mécanicien originaire de la Hesse(27,) installé à Paris depuis 1785 et qui exerce la profession de facteur de clavecins et pianoforte. Enfant des Lumières, comme inventeur, il construisit, entre autres, des cheminées économiques, un gril aérien et un « piano-harmonica »(28.) Un de ses instruments est au musée de la Révolution française de Vizille (no 38).
Schmidt reçoit donc la proposition de fabriquer la machine dont Laquiante aurait lui-même produit et transmis un croquis inspiré des conceptions du docteur Louis(29.) Mais le projet n’aurait pas été acheminé en temps voulu auprès du ministère de la Justice. Le principe adopté au départ aurait été d’employer deux parties complémentaires, une lame convexe qui tombe pour rejoindre une pièce concave.
Louis, dans une lettre datée du 24 mars 1792, présente lui-même Schmidt à Roederer. Il indique brièvement que dans le projet de ce « machiniste », le patient ne sera ni lié ni couché. Il ajoute que chez Schmidt la coupe est oblique, mais sans autre précision. Le chirurgien avait pressenti le principe d’un tranchant oblique mais en ne parlant, dans sa consultation du 7 mars, que de l’effet de l’arrondi de la lame : « On ne réussirait pas à décapiter d’un seul coup avec une hache ou un couperet dont le tranchant serait en ligne droite ; mais, avec le tranchant convexe, comme aux anciennes haches d’armes, le coup assené n’agirait perpendiculairement qu’au milieu de la portion du cercle ; mais l’instrument en pénétrant dans la continuité des parties qu’il divise, a une action oblique en glissant, et atteint sûrement son but »(30.) Enfin, alors qu'au départ, le bourreau devait tirer sur une corde pour faire tomber le couperet, Schmidt invente un mécanisme plus simple, l'exécuteur n'ayant désormais plus qu'à presser un ressort[réf. nécessaire].
Le 9 avril 1792, Roederer est chargé par le Directoire (il s’agit du Conseil départemental de Paris) de faire construire l’appareil retenu par le législateur. Le premier concurrent, Guidon, éliminé à cause d’un prix trop élevé, c’est Schmidt qui sera le plus rapide à le présenter achevé, très proche des espérances du docteur Louis, et au coût bien inférieur de 824 livres. Schmidt veut déposer un brevet d'invention, mais le ministère de l'intérieur répond : « Il répugne à l'humanité d'accorder un brevet d'invention pour une découverte de cette espèce ; nous n'en sommes pas à un tel excès de barbarie(31.) »


L'architecte Giraud
Dans son rapport d'expertise du 5 juin 1792, l’architecte Giraud a jugé la première réalisation de Schmidt, « faite dans la précipitation » et encore trop peu sûre. Il avait examiné le travail de « l’artiste » et l’avait réévalué, dans son état actuel, à précisément 305 livres, 7 sous et 4 deniers. Ce qui aux yeux du procureur-général-syndic mettait en relief une marge très confortable en faveur du fabricant(32). Mais le procureur révélera au ministre, deux jours plus tard, que le prototype de Schmidt a été globalement estimé à hauteur de 960 livres, compte tenu du court délai exigé, de la garantie de réussite aux risques du fabricant, des frais de croquis et d’essai et de la remise des guides, plans et dessins. Après l’expertise de Giraud, le prix de la machine enrichie des améliorations conseillées fut fixé, pour les offres publiques suivantes, à seulement 500 livres ; et dès juillet, l’administration exigera que les machines soient désormais livrées peintes(33.) Les guillotines, pour une raison qui se devine, furent recouvertes d’une teinte rouge ou construites avec un bois naturellement rouge.

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