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GUILLOTINE,chapitre,6

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La conférence secrète des Tuileries

Les gravures de 1793 montrent une lame en forme de faux, montée en diagonale
Le 2 mars 1792, Antoine Louis, fraîchement investi de la mission de conduire la réalisation de l’instrument pénal, avait été invité aux Tuileries par Louis XVI pour discuter de l’objet du décret que ce dernier avait lui-même sanctionné. Le roi, féru de mécanique, était particulièrement intéressé par un dispositif qui n’avait jamais eu cours dans son royaume. Guillotin qui ne possédait à ce moment-là qu’un des premiers schémas de Schmidt, en avait déjà délibéré avec Sanson. Ces deux hommes vinrent de compagnie se présenter devant le chirurgien(note 4 )et le roi, lequel, pour la circonstance, garda l’incognito, mais que le bourreau dit avoir reconnu. Le monarque, après avoir examiné le dessin, en approuva le principe mais émit la critique qu’une lame « en forme de croissant » était insuffisante pour terminer dans tous les cas une coupe franche. Il est, en effet, difficile de couper une chose résistante (le tronc cervical) simplement en appuyant ; un mouvement de cisaillement est nécessaire, à l’instar de celui de la scie. On donna raison au roi qui saisit alors une plume, corrigea le dessin de la lame et lui donna « une ligne oblique » en disant qu’il faudrait essayer les deux dispositions pour confirmer. Ce à quoi il aurait été procédé à Bicêtre quelques semaines plus tard, selon une tradition qui a parfois été suivie mais jamais corroborée par les dires d’aucun de ces protagonistes.
Cette curieuse histoire semble n’avoir pour origine principale que les « Mémoires des Sanson »(19,) réputés apocryphes, édités en 1862, rédigés sous le nom d’« Henri Sanson » et suspects d’arrangements importants(note 5.) Dans les Mémoires de Sanson, publiés en 1831, le Sanson concerné n’en a jamais soufflé mot, et tous les auteurs et chroniqueurs les plus proches des événements méconnaissent complètement l’anecdote.
On a, d’autre part, assimilé sans doute trop rapidement le « coutelas » - c’est le terme employé dans le décret d’août 1792 - fixé en biais sur son support, avec le couperet trapézoïdal comportant un tranchant en biseau, une amélioration qui serait postérieure car les gravures du temps montrent régulièrement une lame en forme de faux ou doloire - normalement fabriquée par un taillandier, selon le propos de Louis - et ajustée en diagonale. Ce qui suggère que ce modèle fut employé au moins jusqu’à l'automne 1793(note 6. )


Les instructions du docteur Louis
Le docteur Louis donne ses instructions au charpentier Guidon, le 30 mars 1792.

Instruction du docteur Louis au charpentier Guidon, le 30 mars 1792
 

On remarque que Louis y a repris la hauteur de dix pieds que l’on rencontre dans la plupart des récits antérieurs et surtout qu’il a pensé à une lame « à coupe oblique ». Dans une lettre du chirurgien à un confrère, avant les essais de Bicêtre, on apprend que la machine aura finalement une élévation de quatorze pieds. Si la hauteur de chute du couperet est primordiale aux yeux du docteur Louis pour parfaire l’exécution, il n’est pas du tout certain que la qualité d’affûtage de la lame qu’il souhaite soit aussi prépondérante. Autrefois, selon Sanson, les épées s’émoussaient ou cassaient rapidement. C’est ignorer la résistance de l’ossature cervicale d’un sujet tourné face en dessous, qui se rompt plutôt qu’elle ne se coupe. L’examen post-mortem du condamné Danvers, guillotiné le 26 janvier 1909, le donne à penser : « La section faite par le couperet est très haute, en biseau et rasant la base du crâne pour finir au menton. Cette section, très peu nette, ne semble pas avoir été produite par un instrument tranchant mais plutôt par écrasement »(20. )On serait donc assez éloigné de la fameuse sensation du « souffle frais sur la nuque » et plus proche de celle de la pendaison « en estrapade ». Comme le col est étroitement enserré, on comprend également que la lame tende à couper au plus près de la base du crâne, surtout si le supplicié s’agite ; Louis Combes rapporte que la tête de Louis XVI eut « le col déchiqueté et la mâchoire mutilée »(21.)
L’instrument sera sujet à de nombreuses modifications et variantes au fil des années ; mais, en France, après 1870, il a pratiquement acquis sa configuration définitive. Les diverses représentations nous montrent une machine munie d’un couperet trapézoïdal en acier à tranchant biseauté et implantée sur une robuste semelle avec des jambes de force métalliques boulonnées qui la destinaient à fonctionner de plain-pied. L’ensemble pouvait facilement dépasser les 4 mètres de haut et peser la demi-tonne ; le bloc tranchant d’une quarantaine de kilogrammes avait généralement une course avoisinant 2,30 m. Les accessoires changeront aussi de forme, notamment le panier pour recevoir la tête, allant du sac de cuir au panier en osier rempli de son, d’abord garni à l’intérieur de toile cirée puis de parois de zinc, pour ne devenir qu’un simple réceptacle métallique rincé au jet d’eau.

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