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GUILLOTINE,chapitre,14

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Hors-ligne

La guillotine « ultima ratio »
Le chien de garde de la Révolution

Cette devise serait due à Pache, quand il était maire de Paris(note 12)
Couthon déclamait cette sentence : « Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le moment de les reconnaître »(92.) La guillotine, véritable épouvantail, servit non seulement d’instrument d’éradication d’ennemis réels ou supposés mais aussi de garantie pour toutes les décisions politiques et économiques du gouvernement révolutionnaire. Les armées de sans-culotte levées dans l’urgence pour réprimer les soulèvements de province partaient battre la campagne, toujours suivies d’une « guillotine ambulante »(93). Elle concrétisa la peur du gendarme mais favorisa aussi tous les excès auxquels on peut s’attendre dans un pays mis en coupe réglée.

Affiche menaçant de la guillotine

Robespierre caricaturé : ne trouvant plus personne à guillotiner, il guillotine le bourreau
Vadier déclarait justement : « Coupons des têtes, nous avons besoin d’argent, ce sont des confiscations indispensables ». On ne peut plus s’étonner qu’on appelât aussi la guillotine la « planche à assignats » quand on entend encore la belle tirade d’Hébert s’aidant de la rhétorique la plus percutante : « […] si nos paroles sont méconnues, qu’ils se rappellent la puissance magique de la guillotine ; qu’ils sachent qu’avec la guillotine nous ferons mettre les pouces aux accapareurs ; qu’avec la guillotine on fait de l’or ; qu’avec la guillotine on fait sortir le numéraire des caves ; qu’avec la guillotine nous ferons disparaître les traîtres ; qu’avec la guillotine nous ferons tomber la calotte ; qu’avec la guillotine, enfin, nous ferons taire les mécontents, que nous aurons du pain… »(94.) Hébert parlait sans doute en connaissance de cause, car un nommé Denoui, envoyé en mission de Paris à Angoulême avait « fait mettre la guillotine en permanence sur la place publique avec cette inscription : « Avis aux meuniers et boulangers ». Prudhomme ajoute : « Ces messieurs ont profité de l’avis et la famine a disparu »(95.)


Le girondin Pétion avait écrit, peu avant son suicide, un article pamphlétaire contre la Montagne, où il dénonçait l’usage outrancier de la guillotine. « ont la tête tranchée : le particulier qui se met de côté un excédent de grain ; le commerçant dont l’inventaire est inexact ; les domestiques et les cochers qui parlent de royauté… »(96 )Un véritable service d’agents secrets, nommés les « observateurs de l’esprit public », se mêlent à la population et font des rapports sur toutes les actions ou conversations déviantes(note 13 ); et des « moutons » sont placés dans les prisons(97.) Il est, donc, à ce moment-là de la Terreur, difficile de reconnaître dans la machine punitive un instrument de justice, et Guillotin aurait frémi s’il avait pu lire la lettre qu’adressait Alexandre de Beauharnais à sa bientôt veuve Joséphine : « Dans les orages révolutionnaires, un grand peuple qui combat pour pulvériser ses fers doit s’environner d’une juste méfiance et plus craindre d’oublier un coupable que de frapper un innocent »(98). Pétion, dans le même article, donnait, en quelque sorte, une conclusion : « Sous le régime soi-disant républicain, cette peine s’est tellement étendue que les législateurs actuels en ont fait le principal ressort de leur gouvernement […] O législateurs barbares ! Jusqu’à quel point vous avez dépravé la morale du peuple ».
La machine à couper les têtes est si rapidement entrée dans les mœurs qu’elle incitait à une justice populaire expéditive, un réflexe de lynchage qui, depuis les pendaisons A la lanterne, perdurait sous le Directoire. Ainsi, un jour de 1797, après le spectacle d’une exécution publique, un garçon perruquier fut surpris au moment où il venait de subtiliser une montre dans la cohue. Il est maîtrisé rapidement et un mouvement de colère s’empare de la foule qui veut immédiatement lui couper la tête, le traîne à l’échafaud encore dressé, le hisse sur le tréteau, le couche sur la planche à bascule et lui immobilise le col sous le couteau, selon une procédure qu’ils ont vue de nombreuses fois. Heureusement pour le voleur, le tranchoir est cadenassé par précaution et Sanson qui se délasse dans un cabaret voisin, ne se fera pas reconnaître et n’aura pas à donner les clés. Le garçon en fut quitte pour avoir été immobilisé plusieurs heures dans une position angoissante avant d’être délivré(99.)

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