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GUILLOTINE,chapitre,12

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Le traitement des exécuteurs
Il est établi par le décret du 13 juin 1793 dont voici les premiers articles :
« article 1 : - Il y aura dans chacun des départements de la République, près des tribunaux criminels, un exécuteur de leurs jugements.
article 2 : - Le traitement des exécuteurs est une charge générale de l’État.
article 3 : - Dans les villes dont la population n’excède pas 50 000 âmes, il sera de 2 400 livres. Dans celles dont la population est de 50 à 100 000 âmes, de 4 000 livres. Dans celles de 100 à 300 000 âmes, de 6 000 livres. Enfin, à Paris, le traitement de l’exécuteur sera de 10 000 livres. »
Sous le règne de Louis-Philippe, le bourreau de Paris touche annuellement 8 000 francs, celui de Lyon, 5 000 et 4 000 dans des villes comme Rouen, Bordeaux et Toulouse. Les localités de moins de 50 000 habitants reçoivent 2 400 francs. Charles Sanson eut, dans le département de Paris, un travail intense durant les années où il officia. Ainsi, il reçut 1 000 livres supplémentaires pour chacun de ses aides (il en avait régulièrement quatre) et une indemnité annuelle de 3 000 livres pour compenser la période exceptionnelle qu’il rencontra.
Mais il apparaît nettement que l’administration n’avait pas évalué ses frais avec assez de réalisme, car nous conservons de Sanson des demandes réitérées d’augmentation auprès de Roederer : « Le mode d’exécution qui se pratique aujourd’hui triple aisément les frais de dépenses anciennes, en outre du renchérissement de toutes les choses nécessaires à la vie […] Il me faut du monde sûr car le public veut de la décence. C’est moi qui paie cela. Pour avoir du monde comme il le faut pour cet ouvrage, ils [les employés] veulent des gages doubles des autres années antérieures […] Il faut alors pour s’en procurer les enchaîner par l’appât du gain […] J’ai quatorze personnes tous les jours à nourrir, dont huit sont à gages, trois chevaux, trois charretiers, les accessoires… Un loyer énorme à raison de l’État (de tous temps, l’exécuteur a toujours été logé par le roi) »(76.)


Fouquier-Tinville, la Hache personnifiée
Aucun acteur révolutionnaire n’aura autant symbolisé, voire incarné la guillotine que Fouquier-Tinville. Sous la monarchie, sa passion du jeu avait fait péricliter ses affaires mais, en bon opportuniste(note 10,) Fouquier - il signait de ce seul nom – va prendre sous la Terreur, une fois mué en accusateur public, une belle revanche de parvenu. Il griffonne à la hâte des noms à peine lisibles, passe outre les confusions de noms, abrège les plaidoyers et, sans cesse, il arrête, accuse, emprisonne et fait monter sur la charrette des individus dont il ne connaît rien la plupart du temps mais dont on lui a dit assez de mal. Il veut installer la guillotine dans la salle même des audiences pour que les sentences puissent être exécutées plus vite mais le Comité de public le fait renoncer à cette idée. Coupables et innocents avaient à ses yeux la même tête. Louis Blanc dit de lui : « Sa voix rude passait soudain de l’aigu au grave : elle avait pour les accusés le son de la hache sur le billot »(77.) Les auteurs, notamment les « réactionnaires », ne l’ont pas épargné mais il était difficile de lui trouver un aspect qui fût présentable : « […] au début, magistrat laborieux et instruit, point trop rigoureux, tant qu’une modération relative demeura à l’ordre du jour. C’est la bassesse d’âme et la servilité de son zèle professionnel qui, dans la suite, le rendirent implacable et cruel »(78.)


Fouquier-Tinville, guillotiné le 18 floréal an III. « Je n’ai été que la hache de la Convention : punit-on la hache ? »

Ordre d'exécution signé de Fouquier contre Manon Roland et Lamarche, ex-directeur de la fabrique des assignats.
L’accusateur officia comme si c’était « leurs têtes ou la sienne ». Pas plus qu’on a pu formellement l’accuser de s’être enrichi, on n’a pu l’accuser d’une franche perversité ; mais on a relevé des faits troublants. Fouquier dénombrait par avance les condamnés avant même le début de leur procès, et s’en tenait à ce chiffre. Il n’hésitait pas non plus à faire rappeler une femme qui s’était déclarée enceinte pour « faire le nombre » sur la charrette, aussi simplement que ce fils de paysan aurait ajouté une botte de paille pour caler un chargement. Cabanès et Nass(79 )ont tenté de sonder son psychisme inquiétant : « […] il aimait le spectacle des guillotinades, surtout lorsque c’était le tour des belles et jeunes femmes. […] C’était une âpre volupté pour l’homme rouge de voir tomber dans le panier ces têtes charmantes et leur sang vermeil ruisseler sous le hideux couperet ». De fait, il conduisit à la guillotine la majorité des viragos, des vestales et des égéries de la Terreur. Quand vint le temps où l’on pensa à suspendre le bras de celui qui ne pensait qu’à faire « raccourcir », l’accusateur public, constamment sûr de sa bonne conscience et de son efficacité au service de la nation, a pu très bien avoir déclaré devant le tribunal ces paroles qui lui sont attribuées et qui le résument si bien :« Je n’étais que la hache dont on se servait, on ne peut pas faire de procès à la hache ! »(80. )

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